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Point de vue sur la loi de la honte : la France se refermerait-elle sur elle-même ?

vendredi 16 décembre 2005

Dans le débat sur la loi réhabilitant le passé colonial appelée loi de la honte par les manifestants martiniquais, le monde politique français semble nous enfermer dans l’alternative suivante : affirmer son anticolonialisme ou sa fierté d’être Français.

La première position est celle de la gauche opportuniste qui voit une occasion avec la loi du 23 février 2005 de rassembler ses troupes totalement désunies notamment depuis le 29 mai dernier avec la victoire du non au référendum sur la constitution européenne.

Elle est représentée par le député du Val d’Oise Dominique Strauss-Kahn qui a proposé le jeudi 14 décembre sur France 2 que toute la gauche lance une pétition pour obtenir l’abrogation de la loi affirmant le rôle positif de la colonisation. "Je m’adresse au président de la République (...) pour lui demander d’abroger cette loi. C’est un scandale absolu que ce texte qui réécrit l’histoire de la colonisation", a déclaré M. Strauss-Kahn lors de l’émission "A vous de juger".

Pourquoi alors ne pas s’être mobilisé dès le mois de février dernier ? Plus de 9 mois après , il est difficile d’y voir autre chose qu’une récupération politique ayant un but bien différent de celui de la simple vérité historique.

La deuxième position est celle de la droite fascisante représentée par le Ministre Nicolas Sarkozy pour qui toute idée de repentance reviendrait à s’excuser d’être Français. Concernant le développement de la polémique sur la colonisation, dans une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche le 11 décembre, il juge que l’on assiste "à une dérive préoccupante". "Tout semble bon désormais pour instruire le procès de la France et faire assaut d’auto dénigrement". "Oui, la colonisation fait partie de notre histoire, mais elle appartient au passé et il revient aux historiens de dire ce qu’elle a été", ajoute-t-il en critiquant une nouvelle fois "la tendance irrépressible à la repentance systématique". Relevant "l’embarras" français concernant la commémoration de la victoire d’Austerlitz, Nicolas Sarkozy souligne que "notre société est menacée d’une funeste inclination au reniement de soi". "Finira-t-on un jour prochain par s’excuser d’être Français ?", demande-t-il, avant d’exhorter chacun à "assumer sans complaisance" l’histoire de la France "mais aussi sans excès de repentance".

Cependant N. Sarkozy, au lieu de manier habilement des formules toujours exagérées, ferait mieux de se demander pourquoi une grande figure de la francophonie comme le Martiniquais Aimé Césaire a refusé récemment de le rencontrer. Comment ne pas voir chez le candidat déclaré aux élections présidentielles de 2007 un double discours quand il joue continuellement sur la fibre nationaliste de l’électorat de l’extrême-droite ?

Comment peut-on ainsi laisser se développer un dialogue hexagonal franco-français stérile monopolisé par des hommes politiques ne recherchant que le pouvoir ou la gloire dans la perspective des élections de 2007 ?

Sans nier la vérité historique et sans se renier non plus, les Français ne doivent-ils pas tout simplement installer un dialogue authentique avec les peuples francophones du fait de l’histoire et les individus francophones du fait de leur simple volonté ?

Si l’AFI parvenait à faire vivre ce dialogue international francophone en dehors de toute conjoncture politique faussant les débats, alors notre projet humaniste, voulant se placer au-delà des querelles de clochers, prendra forme...

C’est pourquoi face aux polémiques franco-françaises sur le passé colonial, l’AFI lance un appel à un dialogue interculturel mondial afin que tous les francophones du monde prennent la parole non seulement sur la position actuelle de la France dans le monde mais aussi sur le devenir actuel de notre planète dechirée par tant de conflits nourris par l’idée dangereuse et non fondée d’un choc des civilisations. (pour lire un article du Monde diplomatique sur l’origine de ce concept cliquer ici)

La différence culturelle des peuples existe pour qu’ils se reconnaissent entre eux comme appartenant à une même humanité et non pour qu’ils se divisent ! La France du fait de son histoire coloniale doit plus que jamais assumer sa multiculturalité et ne pas rompre le dialogue avec les autres cultures.

La France se refermerait-elle sur elle-même ?

Rédaction de l’AFI