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Tsunami : où sont partis vos dons ?

jeudi 4 janvier 2007

Voici un article de l’Agence France Presse que nous avons sélectionné afin d’évoquer le problème de l’utilisation des dons par les organismes humanitaires les plus connus :

Tsunami : la Cour des comptes note la lenteur de l’emploi des dons

Deux ans après le tsunami, la Cour des comptes souligne, dans un rapport sur l’aide des Français aux victimes, les "progrès" de l’aide humanitaire, tout en exprimant sa "préoccupation" sur la lenteur de l’emploi des dons et un manque d’information.

"Le bilan est largement mais pas totalement positif", a déclaré mercredi Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, en présentant ce rapport. "Il n’est en tout cas que provisoire et partiel, vu l’ampleur des fonds non encore utilisés", a-t-il encore souligné.

Après cette catastrophe sans précédent - 240.000 morts - ayant entraîné des dons records - 330 millions pour les organismes d’aide en France - la Cour a effectué un travail gigantesque, mobilisant pendant plusieurs mois, en 2005, 24 magistrats, rapporteurs et assistants, qui ont mené des missions en Indonésie, au Sri Lanka et en Thaïlande.

La Cour a émis des réserves sur l’affectation très lente des dons, le manque d’information aux donateurs, le financement d’opérations sans lien avec la catastrophe et des imprécisions comptables.

Sur les 32 organismes contrôlés, dont la Croix-Rouge française, le Secours catholique, le Secours populaire, Médecins du monde, Action contre la Faim et Médecins sans frontières, 15 ont reçu un satisfecit. Les comptes des 17 restants sont jugés conformes mais font l’objet de "réserves" ou de "recommandations".

La juridiction exprime en particulier sa "préoccupation" devant l’importance des dons inutilisés fin 2005, notamment pour la Croix-Rouge (85% des fonds non utilisés) et le Secours catholique (80%), tout en notant que des programmes, prévus jusqu’en 2010 au moins, devraient employer tous ces dons.

Fin 2006, la Croix-Rouge avait dépensé 39,2% sur 115 millions d’euros récoltés, tandis que le Secours catholique annonçait l’emploi de plus de 50% des fonds collectés.

La première a tenu à souligner que la Cour avait noté sa bonne gestion. "Les montants importants ne nous ont pas empêchés de bien gérer ces fonds", a déclaré son porte-parole Jean-François Riffaud.

La Cour évoque aussi "l’exception de Médecins du monde", qui a informé les donateurs a posteriori que les 3,4 millions d’euros issus des appels à dons faits par courrier ciblés sur le tsunami (sur un total de 11,4 millions de dons), ont été dès le départ affectés à d’autres causes. C’est "une décision lourde de conséquences", estiment, sévères, les magistrats.

MDM explique qu’elle a bien informé les donateurs réguliers en janvier 2005 "qu’une part pourrait être affectée à des crises oubliées". Quant aux donateurs spontanés, ils l’ont été en septembre 2005, et seul "1% a refusé", indique Eric Chevallier, directeur des missions internationales.

D’autres ont financé des opérations "sans rapport direct" avec la catastrophe ou avec l’objet même de l’organisme.

Face au flot de générosité, la Cour constate que des ONG se sont "senties contraintes d’employer les fonds", cédant parfois à des "dérives par rapport aux objectifs présentés". Enfin, elle pointe des imprécisions comptables, notamment la remise par le Secours populaire, en septembre 2006, de comptes encore provisoires pour 2005.

Quinze ans après le scandale créé par la gestion irrégulière de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC), la Cour n’épingle vivement aucune ONG. Elle note des "progrès" et constate que son enquête "fait ressortir les forces et les faiblesses de l’action humanitaire", dont Philippe Séguin espère "alimenter la réflexion". "Il n’y a pas eu de malhonnêteté et il n’y a pas eu de corruption", a-t-il insisté mercredi soir sur TF1.

La Cour souligne enfin qu’elle ne verrait "aucun inconvénient à une réaffectation partielle des dons" non employés, à condition d’informer les donateurs, une idée que M. Séguin a également défendue sur cette chaîne.

Par Raphaëlle PICARD et Michaëla CANCELA-KIEFFER