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Adieu l’abbé !

" Mes amis au secours..." L’appel de l’abbé Pierre de l’hiver 1954 en ligne.

lundi 22 janvier 2007, par Jean Dubois

Le patriarche préféré des Français s’en est allé sous d’autres cieux le matin du 21 janvier 2007 à l’âge avancé de 94 ans. Pour les fondateurs de l’AFI, l’abbé Pierre était comme un grand-père spirituel, celui qui a montré l’exemple à plusieurs générations de Français en démontrant que le véritable chemin du coeur est celui de l’action au service des êtres humains qui sont dans la détresse. Ses appels du coeur et ses coups de gueule se démarquaient tant des stratégies de pouvoir avec lesquelles les politiciens d’aujourd’hui empoisonnent la démocratie. Car la vraie politique est celle du coeur, celle qui se met au service des êtres humains. L’abbé était en ce sens un vrai politicien. Souvenons-nous de l’appel de 1954, mis en ligne dans la bibliothèque de l’AFI en hommage à notre abbé, afin que ce texte, désormais entré dans l’histoire, continue de servir d’exemple à ceux qui veulent mener une "politique du coeur". Défenseur acharné des pauvres, lui même disait que la politique consiste "à piquer du fric où il y en a et à le redonner à ceux qui en ont besoin" !

L’appel de l’abbé Pierre de l’hiver 1954


Voici l’appel intégral lancé le 1er février 1954 sur l’antenne de Radio Luxembourg -devenue RTL depuis- après la mort par hypothermie aux premières heures de ce jour-là d’une sexagénaire expulsée de son appartement sur le trottoir du boulevard Sébastopol à Paris :

"Mes amis, au secours...

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3h00, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée...

Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Ecoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots :

TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME.

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !

Chacun de nous peut venir en aide aux "sans abri". Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :

5000 couvertures,

300 grandes tentes américaines,

200 poêles catalytiques.

Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92, rue la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.
Merci !
"

Abbé Pierre