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Histoire de l’Alliance Française.

De l’association parisienne au réseau mondial actuel.

dimanche 5 novembre 2006, par Jean Dubois

Avec plus d’un siècle d’existence et un réseau développé dans le monde entier, l’Alliance Française est devenue une véritable institution en France. Au cours des vicissitudes de l’histoire, l’Alliance Française a-t-elle su garder son esprit d’origine ?

1.1. L’origine parisienne [1] :

Tout a commencé le samedi 21 juillet 1883. Un certain nombre de personnes dont MM. Paul Bert, Pierre Foncin et Louis Liard se réunissent au Cercle Saint-Simon, sous la présidence de l’Ambassadeur Paul Cambon, pour jeter les bases d’une association qui aurait pour but de « maintenir et étendre l’influence de la France par la propagation de sa langue dans les colonies et à l’étranger ». On compte bientôt parmi les membres du Conseil d’Administration des personnalités venues des horizons les plus divers : hommes politiques, diplomates, écrivains, archéologues, savants, ingénieurs, historiens, magistrats, éditeurs, gens d’églises. Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan, Hippolyte Taine, Jules Verne, Armand Colin sont quelques-uns de ces hommes éminents acquis à la cause de l’institution, dès sa création, et s’engagent avec détermination pour la faire vivre et prospérer.

L’Association est approuvée par arrêté du Ministère de l’Intérieur le 24 janvier 1884. Elle élabore ses statuts et les vote au cours de l’Assemblée Générale du 10 mars de la même année, date officielle de la fondation de l’Alliance Française. La présidence de la nouvelle Association est confiée à M. Tissot, Ambassadeur de France. En 1884, elle compte 4 500 adhérents en France où de nombreux Comités se constituent. Des adhésions arrivent de tous les pays du monde et des Comités se fondent à Londres, Dakar, Lima, Sydney, Tunis, Tokyo, Mexico, New York...

1.2. Les principes fondateurs :

Treize ans après la défaite de 1870, qui a appauvri le pays et amputé le territoire national, la France retrouve son unité et sa confiance dans un contexte privilégié de renouveau culturel et intellectuel. Il s’agit d’abord de rendre à la France sa place dans le monde. L’Alliance Française fait appel aux hommes de bonne volonté, de toute opinion ou de tendance politique ou religieuse, ainsi qu’à tous les amis de la France dans le monde, pour mener à bien son action par un moyen unique : la langue française. Ainsi selon l’article premier des statuts, l’Alliance française est une association à but non lucratif qui a pour objet de « diffuser la langue française » et de « regrouper tous ceux qui désirent contribuer au développement de la connaissance et du goût de la langue et de la pensée françaises ». Elle est de plus « étrangère à toutes préoccupations politiques, religieuses ou raciales. »

Mais le principe le plus original, dans le contexte historique et culturel de l’époque, que retiennent les pères fondateurs était le suivant : l’Alliance Française ne serait jamais française, sauf en France, mais de droit local, administrée par les hommes et les femmes du pays d’accueil, et avec le soutien des pouvoirs publics français.

1.3. Le rapide développement d’un réseau mondial :

En 1886, reconnue d’utilité publique, l’Alliance Française poursuit son œuvre de propagation de la langue française en France et à l’étranger sous les présidences successives de Ferdinand de Lesseps, de Victor Duruy, du Comte Colonna Ceccaldi, du Général Parmentier, et sous l’impulsion de Pierre Foncin, Secrétaire Général depuis la fondation, avant de devenir, à ton tour, Président. L’effort porte principalement sur l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine, l’Extrême-Orient, l’Afrique du Nord. L’Alliance Française organise des tournées de conférences et récompense les meilleurs élèves de français des pays étrangers.

En 1893, à l’occasion du 10ème anniversaire, a lieu le premier Congrès mondial. En 1894, l’Alliance Française compte 30 000 adhérents dans une centaine de Comités en France et 73 à l’étranger. Elle apporte son aide à plus de 500 écoles pour l’enseignement du français hors de France. Elle ouvre à Paris des cours de vacances pour étrangers : c’est une réussite, la première du genre. En 1900, à l’Exposition Universelle de Paris, le pavillon de l’Alliance Française témoigne de la vitalité de l’association. On y voit une collection de devoirs de français envoyés par des écoliers du monde entier. Aussitôt constituée, l’Alliance française s’est dotée de structures afin de se faire connaître et d’étendre son influence sur tous les continents. Elle est ainsi devenue dès le début du 20ème siècle un véritable réseau mondial.
Dès leur ouverture, les cours de l’Alliance Française de Paris connaissent un succès grandissant et passent de 516 étudiants en 1901 à un millier dix ans plus tard. Durant cette période, à l’étranger, des Comités se constituent en Italie, en Allemagne, en Suisse, au Luxembourg, en Russie, etc. Des écoles de filles sont créées en Afrique du Nord et en Afrique Noire, ainsi que des cours pour travailleurs étrangers en Meurthe-et-Moselle. Mais les activités de l’Alliance Française parisienne, perturbée par la première guerre mondiale (l’historien Albert Mallet, devenu, Secrétaire Général, est tué lors des combats), ne reprendront normalement qu’en 1919.

L’Alliance Française de Paris, victime de son succès, s’est posé très vite la question de l’espace, les locaux occupés s’étant révélés trop étroits pour répondre à une demande grandissante. Après avoir plusieurs fois déménagé, l’Alliance Française concrétise en 1919 un important projet immobilier. Grâce à la source de revenus que représentent les cours ainsi qu’à la fondation d’une « Société Civile des Amis de l’Alliance Française » destinée à réunir le capital nécessaire, l’Ecole Pratique de Langue Française peut ouvrir ses portes à l’adresse actuelle, au 101 boulevard Raspail, dans un bâtiment qu’elle fait construire sur un terrain vendu, à des conditions privilégiées, par l’Université de Paris. En 1930, on y compte près de 5 000 étudiants et le nombre de candidats aux examens de l’Alliance Française va croissant.

1.4. Une institution nationale :

Les obstacles de l’histoire, d’une part, la crise économique mondiale des années 30 qui impose un certain ralentissement des activités ; et d’autre part l’occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale qui les interrompt toutes en France, n’empêchent aucunement l’Alliance Française de devenir une véritable institution nationale comme le montrent les différentes déclarations officielles.

Déjà au début du siècle, Raymond Poincaré, alors président de la République, avait souligné au cours d’une réception à l’Elysée le 4 avril 1914 :

« Tout Français doit considérer comme un devoir d’apporter son concours à l’œuvre poursuivie par l’Alliance française. » [2]

Devenu le Président de l’Alliance française il avait déclaré, lors de la commémoration du 40ème anniversaire de celle-ci :

« Nous ne visons pas à l’hégémonie du français ; nous ne visons même pas à l’universalité. Nous défendons notre langue maternelle parce qu’elle est le meilleur véhicule de nos pensées ».

Si les circonstances tragiques de l’Occupation allemande obligent l’Alliance Française de Paris à fermer ses portes, elle n’en reste pas moins active à l’étranger comme à Londres où s’installe un Conseil de gérance sous la présidence du Général de Gaulle, ou bien comme en Amérique latine où les Alliances, grâce à leur principe d’autonomie, poursuivent leur action. Ainsi le 30 octobre 1943, à Alger, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Alliance, le Général de Gaulle prononçe un discours mémorable :

« Nous avons, une fois pour toutes, tiré cette conclusion que c’est par de libres rapports spirituels et moraux établis entre nous-mêmes et les autres que notre influence culturelle peut s’étendre à l’avantage de tous et qu’inversement peut s’accroître ce que nous valons. Organiser ces rapports, telle fut la raison de naître, telle est la raison de vivre, telle sera la raison de poursuivre de l’Alliance française ».

Dès la Libération en 1944, Georges Duhamel, élu à la présidence en 1937, et Marc Blancpain, nouveau Secrétaire Général, relancent les activités. Il faudra attendre encore 1948 pour que l’Ecole pratique retrouve ses effectifs d’avant-guerre. Emile Henriot est élu président et les relations sont rétablies avec les Comités de l’étranger. L’action de l’Alliance Française est clairement définie : priorité est donnée à l’enseignement du français aux étrangers. En 1952, l’Ecole se développe et prend son nom actuel : « Ecole Internationale de Langue et de Civilisation françaises ». L’Alliance Française s’agrandit, surélève ses anciens bâtiments, en construit de nouveaux et peut ainsi créer une « Maison de l’Alliance Française ».

Quinze ans après son premier discours, en décembre 1958, lors du 75ème anniversaire de l’association, le Général de Gaulle rend ainsi hommage à l’institution ayant surmonté de nombreux obstacles :

« L’Alliance française m’apparaît comme une sorte d’ambassadrice permanente de ce qu’il y a au-dessus de la politique, au-dessus du « au jour le jour », au-dessus des difficultés, des divisions et des critiques, ce qu’il y a d’éternel dans une grande pensée, dans une grande action, et ce qu’il y a toujours de moderne dans cette action et dans cette pensée-là, de plus moderne que jamais. (...) Il y a beaucoup d’ombre sur le monde où nous vivons aujourd’hui. Gloire aux lumières, gloire à la lumière de la France ! Merci à l’Alliance française qui se fait un devoir et un honneur de la représenter partout ! ».

D’autres présidents de la République sauront rendre honneur à l’Alliance Française.

Très attentif au rayonnement de l’Alliance, le président François Mitterrand, à son tour, célèbre son « esprit de symbiose intellectuelle ». A l’occasion du centenaire de l’Alliance en 1983, F. Mitterrand est désigné Président d’honneur de l’Association. Un Congrès mondial réunit 761 personnes venues de 74 pays.

En 2000, le président Jacques Chirac, nouveau Président d’honneur, s’exprime en ces termes reconnaissants :

« Née voici 117 ans de la reconstruction morale et politique de la France après Sedan, confortée dans sa mission prosélyte et résistante par le Général de Gaulle en 1943, l’Alliance a su s’enraciner, se développer et s’imposer. Universelle, elle apparaît aujourd’hui plus précieuse que jamais, pour affirmer la diversité culturelle et le nécessaire dialogue des civilisations. » [3]

L’histoire de l’Alliance Française nous montre ainsi que la reconnaissance officielle par l’Etat français de ce qui n’était au départ qu’une association est ainsi totale. Il est vrai que les intérêts de l’une et de l’autre se sont souvent confondus dans les différentes conjonctures historiques. Il apparaît clairement précédemment que l’histoire de l’Alliance concorde constamment avec les intérêts nationaux.

Ainsi, pour Robert Chaudenson, à l’origine, à la fin du 19e siècle, c’est par « anticléricalisme » que l’Etat français aurait favorisé le développement « d’initiatives associatives » comme l’Alliance Française , afin de « contrecarrer l’influence religieuse ». [4] Les missionnaires chrétiens assuraient en effet depuis longtemps bénévolement la diffusion du français à l’étranger, dans le but bien sûr de convertir les populations autochtones. Cela se faisait à moindre frais pour l’Etat colonial français pour qui l’envoi de professeurs français à l’étranger a l’inconvénient d’être très coûteux. Mais avec l’apparition de l’Alliance Française, la possibilité d’une diffusion mondiale du français « laïque » et de plus autofinancé est une véritable chance pour le pouvoir républicain. L’Alliance a été politiquement et économiquement utile à l’Etat français qui l’a toujours en retour soutenue, ce qui explique une partie de son succès. Qu’en est-il aujourd’hui ?

1.5. Une multinationale culturelle :

Pour l’actuel président Jacques Viot, élu en 1993, même si l’enseignement de la langue française reste « la priorité des priorités », l’Alliance Française est devenue aujourd’hui la plus importante « multinationale culturelle ». Elle organise en effet de nombreux événements culturels (musique, théâtre, danse, arts plastiques) impliquant la France et le pays d’accueil.
Elle compte aujourd’hui 29 associations en France et 1072 à l’étranger installées dans 138 pays. Chaque année de 350 000 à 400 000 étudiants de tous âges, de toutes nationalités et de toutes professions fréquentent les écoles de l’Alliance. L’Ecole internationale de l’Alliance française située au 101 boulevard Raspail a enregistré 28 732 inscriptions en l’an 2002, les étudiants provenant de 158 pays différents. Une formation de professeurs de FLE (français langue étrangère) est offerte grâce à la préparation d’un diplôme à distance avec le CNED (centre national d’enseignement à distance) et à une formation sur place à l’Ecole.

L’ouverture vers le monde de l’entreprise se développe. L’Alliance française de Paris a ainsi conclu des partenariats avec 120 entreprises de la région parisienne, telles Alcatel, Cap Gemini/Ernst et Young, Eutelsat, les Galeries Lafayette, IBM, Hertz, KLM, Schlumberger, etc...
L’Alliance Française semble devenir elle-même une sorte d’entreprise défendant son propre « label » grâce à une véritable politique « marketing » où l’image de l’institution est centrale. Toute l’attention est ainsi portée au site électronique de l’Alliance ou « site-portail », « sorte de toile dans la Toile », censé renforcer « la logique de réseau ». On peut cependant se demander si cela ne répondrait pas plutôt à une logique économique.

Le rapport Alliances 2000 [5] souligne que :

« Le site-portail de l’Alliance Française de Paris pourrait très certainement offrir de fortes possibilités de dégager des recettes nouvelles en orientant les visiteurs vers des pages commerciales tout en proposant un service conforme à sa mission. »

Cette mission prend ainsi davantage la forme d’un partenariat commercial que d’une réelle politique linguistique, culturelle ou éducative. C’est le choix du « pragmatisme » affirme-t-on à l’Alliance, les deux parties d’un partenariat devant y trouver chacune leur intérêt. Comme exemple de partenaire de l’Alliance Française citons Edufrance dont un espace est créé dans chaque Alliance pour assurer la promotion de l’enseignement supérieur français.

Mais derrière cela, c’est toute la question du rapport entre le culturel et l’économique qui se pose. Si la langue et la culture sont inséparables c’est-à-dire si l’on pense avec le linguiste allemand Wilhelm von Humboldt, que chaque langue exprime une culture particulière, une « vision du monde » ? [6], quelle conception donner alors à la défense d’une langue ? Doit-on la défendre en raison de la culture qu’elle véhicule ou en raison se son utilité économique ?

Ainsi Jacques Viot souligne la fonction économique de la langue :

« toute langue qui veut se maintenir à un niveau international doit témoigner de son utilité, en particulier dans le domaine économique. »

Sous prétexte d’adaptation, n’est-ce pas une façon de réduire la langue française ?

Concernant l’Alliance Française, Jacques Viot poursuit ce raisonnement selon lequel il faut s’adapter au monde moderne en affirmant que le double principe d’ « autonomie » et de « droit local » révèle aujourd’hui « toute sa modernité » : elle repose en effet sur « l’initiative civile et l’esprit de partenariat »
Mais c’est le sens commercial qui semble prévaloir dans cette idée de partenariat. En voyant dans l’Alliance Française moderne, à l’origine une association à but non lucratif, une « multinationale culturelle », ne risque-t-on pas de dériver vers une sorte d’économisme subordonnant la dimension culturelle à la dimension économique ?

Cette logique économique est particulièrement forte dans le cas des Alliances de Chine où c’est précisément le contexte économique chinois qui oriente les Alliances vers le modèle de l’entreprise.

L’adaptation au monde économique contemporain est bien sûr vitale pour l’Alliance Française qui tire pour une grande part ses ressources financières du monde privé. Mais comme nous l’avons vu, elle bénéficie d’une reconnaissance à part entière de l’Etat français dont elle reçoit une aide financière essentielle à son fonctionnement, remettant en cause sa réelle autonomie.

1.6. Un partenaire de l’Etat dépendant :

Dans quelle mesure les Alliances sont-elles autonomes ? A un niveau interne, nous avons vu que chaque Alliance avait la nationalité du pays d’accueil : elle est brésilienne au Brésil, britannique en Grande Bretagne, chinoise en Chine... Cependant elles relèvent toutes d’une procédure d’approbation par l’Alliance française de Paris. C’est l’Alliance Française de Paris qui décide ainsi d’accorder ou de retirer le label AF. Ce centralisme n’est pas toujours sans poser de problèmes notamment en ce qui concerne la nomination des directeurs d’Alliance.

Il est ainsi vrai que les Alliances sont assez largement indépendantes des administrations, mais le soutien des pouvoirs publics français possède un double tranchant et entretient au niveau politique et financier une certaine dépendance de l’Alliance vis-à-vis de l’Etat.

Jacques Viot montre ainsi que dans la mesure où les Alliances «  contribuent de fait à la coopération internationale de la France, leur action et leur développement s’inscrivent dans les orientations générales en matière linguistique et culturelle définies par le ministère des Affaires étrangères. »

L’Alliance française est ainsi liée de près à la politique culturelle extérieure de la France dont elle est un partenaire privilégié, voire un outil de coopération. Comme nous l’avons vu auparavant, elles convergent toujours dans leurs nouvelles orientations et opèrent ainsi actuellement le même mouvement de rapprochement avec la Francophonie institutionnelle.

Du côté du ministère des Affaires Etrangères, il s’agit pour la France d’œuvrer avec ses partenaires de la Francophonie (principalement l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’OIF), afin de « conforter » le statut international de la langue française « au sein des grandes enceintes multilatérales et internationales, au nom du plurilinguisme et de la diversité culturelle ». [7]

Du côté de l’Alliance, Jacques Viot, dans son allocution du rapport annuel 2002-2003 veut mettre fin « à cet étrange éloignement qui existait depuis des années entre la Francophonie et l’Alliance Française » Il souligne que les associations du réseau sont présentes dans de nombreux pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie et qu’elles ne demandent qu’à développer leurs activités et à ancrer plus profondément la langue française en certains lieux où sa présence est limitée. Dans cette perspective, les statuts de l’Alliance ont changé en mars 2000 et l’article 1 stipule que les Alliances doivent développer « la pratique de la langue française et le goût des cultures francophones » et non plus « la connaissance et le goût de la langue et de la pensée françaises ». Les Alliances deviennent ainsi de véritables maisons de la Francophonie.

A ces visées communes de rapprochement avec la Francophonie s’ajoute un véritable partenariat. Les pouvoirs publics détachent près de 230 fonctionnaires, une cinquantaine de contractuels et une centaine de volontaires internationaux auprès des implantations de l’Alliance Française. C’est ainsi que le ministère des Affaires étrangères contribue à hauteur de 43 millions d’euros chaque année à la rémunération de personnels, à l’attribution de subventions diverses destinées aux actions de coopération et, dans une moindre mesure, à des investissements immobiliers. Le ministère de l’Education nationale, également, apporte un soutien à l’Alliance française de Paris.

Cependant le réseau des Alliances françaises reste une organisation de nature privée et grâce à la coordination assurée par l’Alliance française de Paris, se finance pour la plus grande partie elle-même. Sur près de 140 immeubles ou maisons constituant actuellement la propriété des Alliances Françaises et représentant une valeur d’environ 100 millions d’euros, le budget français n’en a financé que 10 %. Les Alliances sont gérées par des responsables locaux, bénévoles et passionnés par la France. La plupart des associations assurent elles-mêmes, grâce aux recettes des cours, la majeure partie du financement nécessaire à leurs activités. Leur action repose aussi sur la générosité de certains mécènes étrangers, à titre individuel ou au nom d’une entreprise. Par exemple l’Alliance Française de Pékin, qui a fêté son dixième anniversaire en février 2006, a été créée grâce au don d’un mécène chinois de Hong-Kong qui avait souhaité l’ouverture d’une Alliance dans la capitale en plein centre de la ville à quelques centaines de mètre de la cité interdite (elle a déménagé et se trouve aujourd’hui au sein du centre culturel français depuis 2005).

Malgré ce financement privé, les Alliances restent cependant étroitement dépendantes de l’aide publique. En effet, le remaniement actuel du dispositif culturel extérieur de la France n’est pas sans conséquences sur le fonctionnement du réseau des Alliances. La politique est à la restriction budgétaire.

Ainsi, dans le rapport annuel 2002-2003, Jacques Viot déclare dans son allocution :

« L’aide que nous apporte l’Etat diminue d’année en année et l’on nous a annoncé de nouvelles réductions pour 2003. (...) soyons lucides. Nous sommes entrés dans des temps difficiles. Notre avenir repose sur nos propres forces (...). »

Le Secrétaire Général, Jean-Claude Jacq, dans son rapport, va plus loin en exprimant fortement son inquiétude concernant cette réduction de moyens. Il explique que certains services culturels ont demandé de supprimer des postes de directeurs d’Alliances pour les échanger contre des crédits leur permettant de réaliser des opérations ponctuelles ou de prestige. Il met en cause la relation même entre l’Alliance et l’Etat affirmant que la méfiance de l’administration à l’égard de l’initiative privée reste vive et cite Jacques Rigaud :

« Il existe en vérité dans notre Etat des traces de la mentalité des légistes de Philippe le Bel : la conviction que l’Etat détient le monopole de l’intérêt général et que toute initiative extérieure à lui qui prétendrait concourir au bien commun est nécessairement suspecte, se situant quelque part entre une congrégation religieuse vue par les anticléricaux de temps du père Combes et une association de malfaiteurs. »

C’est donc bien un principe de souveraineté de l’Etat dans la diffusion de la langue française dans le monde qui s’exprime ici faisant davantage de l’Alliance Française un partenaire dépendant qu’une entité privée réellement autonome.

Au travers de cette présentation historique de l’Alliance Française, c’est la nature même de sa mission qui a été interrogée. L’une des plus anciennes associations encore en activité a montré au cours de son histoire de multiples visages : sa mission s’est révélée à la fois linguistique, éducative, politique, diplomatique, économique. Mais afin de ne pas être instrumentalisée, n’est-ce pas sa dimension humaniste qui doit être cultivée ?

Comme l’écrit Jacques Viot :

« Il faut veiller à préserver son âme. Sa mission essentielle reste certes l’enseignement de la langue française, mais du fait de sa structure associative et de son insertion dans les pays d’accueil, elle est particulièrement bien placée pour encourager le dialogue des cultures et développer les valeurs d’échange, de partage et d’amitié. »


[1D’après des documents consultés à l’Alliance Française de Paris, 101 boulevard Raspail.

[2Ces citations officielles et les suivantes sont rapportées par l’actuel Président de l’Alliance Française de Paris, Jacques Viot, dans des documents consultés boulevard Raspail.

[3Alliances 2000, Rapport établi à l’initiative de Jacques Viot.

[4R. Chaudenson, Mondialisation : la langue française a-t-elle encore un avenir ?, p.145.

[5Rapport Alliances 2000, Alliance Française de Paris, 101 boulevard Raspail, p.25.

[6Wilhelm von Humboldt, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage, présentés, traduits et commentés par Denis Thouard, Seuil, Paris, 2000.

[7Brochure de la DGCID, La langue française dans le monde.