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Le possédé du percepteur par Raymond Devos

"Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter."

vendredi 23 juin 2006, par Yann Supion

La coupe du monde fait plus de bruit que la mort de RAYMONDS DEVOS c’est pas croyable !!!

Cet homme aux multiples facettes, cet architecte des mots poétiques en fusions, vérités lancées sur l’archer de sa scie musicale, de ses mots à l’envers à l’endroit venus tout droit de nulle part et d’ailleurs, splendeur dans le déséquilibre de l’équilibre, ce maître mots qui nous rendaient motus et bouche cousue avec une fraîcheur lucide tel un jardin fleurissant aux mille arômes. Aujourd’hui prenons conscience que nous avons perdu un grand homme, un homme lucide dans ce monde décousu.

Voici en ligne pour l’AFI un des plus fameux textes ainsi que quelques jeux de mots et d’esprit d’un génie de la francophonie.

BIOGRAPHIE :

Né le 9 novembre à Mouscron en Belgique.
Enfant, Raymonds Devos rêve d’être un artiste.
Autodidacte, il souhaite maîtriser la langue française et la musique pour laquelle il a une affection particulière.
La musique n’est néanmoins pas son seul domaine de prédilection, il entame alors des cours de théatre qui seront malheureusement suspendus par la guerre. Elle contraint d’ailleurs Raymond devos à être déporté en Allemagne.

Loin de se résigner, Devos organise quelques spectacles improvisés au bon plaisir de ces compagnons d’infortune. Dès sa rentrée a Paris, il intègre l’école de mime d’Etienne Ducroux, il fait alors ses débuts dans un numéro à trois partenaires : les trois cousins.

Désireux d’écrire ses propres textes, il s’adonne au "one man show" où il met en exergue son talent indéniable de maître du jeu de mots.
Véritable jongleur, il insuffle au langage une note poétique fabuleuse.

Il multiplie ses apparitions dans les salles de spectacle, accompagné de son fidèle pianiste.

En décembre 2005, il est victime d’une attaque cérébrale, puis il est à nouveau hospitalisé en février 2006 pour la meme pathologie avant de rendre l’âme le 15 juin dernier chez lui, à Saint-Rémy-les-Chevreuse.

Le possédé du percepteur....

Je ne sais pas si vous croyez à la sorcellerie.

Moi, je ne voulais pas y croire jusqu’au jour ou je me suis aperçu que j’étais possédé du percepteur.

Oui ! Possédé !

Envoûté par mon percepteur !

Depuis quelque temps, déjà, je le voyais qui rôdait autour de ma maison.

Il allait et venait ...
Il semblait dessiner tout en marchant des figures géométriques.

En fait il prenait des mesures fiscales !

Et puis il disparaissait, et puis il revenait.

J’avais observé aussi que à chaque fois qu’il revenait, je payais un nouvel impôt sur le revenu !

C’est d’ailleurs en faisant mes comptes que je me suis rendu compte qu’il revenait souvent !
Et un soir en revenant chez moi, je découvre une feuille d’impôt clouée sur ma porte.

C’était un premier avertissement !

Je dois dire que je ne l’ai pas pris au sérieux.

Je suis simplement un peu étonné.

J’ai dit : "Tiens au lieu de glisser là sous la porte il la cloue ?"

Méthode moderne ! Bon !

Quelque temps plus tard, en faisant le tour du propriétaire je découvre, à chaque angle de ma propriété, des lettres cabalistiques, il y avait un T un V et un A
A vol d’oiseau ça fait T.V.A.

Qui avait pu poser ces marques de terreur sinon mon percepteur ?

Ce n’était pas sorcier à comprendre !

Non content de me faire payer l’impôt direct, il essayait de me la faire payer indirectement !

Par le truchement de la T.V.A. !

J’étais cerné par la T.V.A. !

Vous connaissez le sens secret et fiscal de ces trois lettres T.V.A. ?

Si vous prenez les deux premières lettres T.V., cela veut dire en clair : As-tu payé la taxe sur la T.V. ?

Les lettres V.A. veulent dire : Va ! Va payer la taxe sur la T.V. !

Puis T.A. : Ta.

Traduire : T’as payé la taxe sur la TV ? ... Ah ...
Alors VA la payer !

C’est un rappel à l’ordre constant.

Même si vous lisez les lettres à l’envers, elles vous rappellent encore quelque chose.

A.V : "Avez-vous payé ... ?"

A.T : "Hâtez-vous de payer ! ..."

V.T : "Vêtez-vous et hâtez-vous de payer la taxe sur la T.V. !"

La, j’ai manqué de sens civique !

J’aurais du me vêtir et me hâter d’aller payer la taxe sur la valeur ajoutée.

Au lieu de quoi je me suis rendu au siège de la Sécurité sociale pour me faire rembourser une somme importante qui m’était due depuis fort longtemps.

Naturellement on m’a répondu que mon dossier s’était égaré ...

Je dois dire que j’en fus presque soulagé.

Enfin une chose qui se déroulait normalement, comme prévu !
J’en avais presque oublié mon percepteur ...

Lorsque dans la nuit qui suivit, je suis réveillé par un hululement de percepteur.

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu hululer un percepteur dans la nuit ?

C’est sinistre ! Inhumain !

Je me suis précipité à la fenêtre et je vois sur la lune argentée - car dès que la lune est argentée mon percepteur rapplique - je vois mon percepteur qui se livrait un étrange cérémonial.

Il ouvrait les bras, les fermait, les rouvrait.
Et tout a coup, je distingue dans le reflet de la vitre quelque chose qui bougeait derrière moi.

Je me retourne et je vois ma rente Pinay que j’avais posée sur mon bureau se plier, se replier, et, par un sortilège, se transformer en une cocotte en papier, laquelle cocotte pris son envol et, à l’appel du percepteur, est allée
se poser sur son épaule.

Mon percepteur s’en est saisie, l’a dépliée, l’a repliée et en a fait un petit avion qu’il a lancé comme ça en l’air comme on lance un emprunt !

Je me dis : C’est un mirage ou quoi ?

Et le petit avion est venu se reposer sur mon bureau en se dépliant

Ah ! dis donc !

Ce n’était plus la même rente !

Il avait change ma rente Pinay en rente Giscard !

Ah ! il est diablement fort !

Pour échapper à son emprise, j’ai tout essayé.

Je suis même allé voir un prêtre. C’est vous dire à quel point j’étais désespéré !

Je lui ai dit : "Mon père je suis possédé du percepteur.
Pouvez-vous pratiquer l’exorcisme ?"

Il m’a dit : "Mon fils ... Vous m’auriez parlé du démon ...
J’aurais pu tenter quelque chose. Mais contre les puissances de l’argent ..."

Je lui dis : "Qu’est-ce que je peux faire ?"

Il m’a dit : "Payez ! ... Payez ! ... Payez pour nous !"

Alors je paye !

Et plus je paye mon percepteur, plus il me le fait payer !

Il met ma faiblesse à contribution.

Il me taxe sur ma valeur personnelle.

Il m’impose sa volonté.

Il me traque !

Tout ca parce que j’ai eu la faiblesse de montrer des signes extérieurs de richesse, alors que ma richesse est toute intérieure !

Autres jeux de mots et d’esprit

"Je préfere glisser ma peau sous les draps pour le plaisir des sens que de la risquer sous les drapeaux pour le prix de l’essence."

"Je n’aime pas être chez moi. A tel point que lorsque je vais chez quelqu’un et qu’il me dit : "vous êtes ici chez vous, je rentre chez moi ! "

"Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter."

"Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite."

"Rien ce n’est pas rien ! La preuve c’est que l’on peut les soustraire. Exemple : Rien moins rien = Moins que rien !"

"Quand on demande aux gens d’observer le silence ... au lieu de l’observer, comme on observe une éclipse de lune, ils l’écoutent !"