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francophone, francofaune, Franck ! au phone !

Détectons ensemble ce qui se cache derrière le mot "francophonie" : d’autres mots, des principes, des réalités ? ... Apportez vos pièces au dossier.

mercredi 3 mai 2006, par Pierre Le sable

Les usages du substantif ou de l’adjectif "francophonie", renvoient dans les différents discours (politiques notamment), à des réalités ou des idées spéciales et différentes, et avec plus ou moins de clarté et de précision. De nos jours, même le mot se déforme (cf. "Francofffonies, le festival francophone en France"). Nous proposons ici d’inaugurer un travail collectif de repérage des différents usages, mésusages et non-usages de termes tels que "Francophone, Francophonie, FFrancofffaune,...". Nous ouvrons donc cet article comme un dossier d’enquêtes, auquel chacun est invité à apporter la sienne, à partager sa réflexion, son expérience (et ses sources) dans le but avoué de recenser les cas de corruption, de faux et d’usage de faux de tous les termes ou expressions se rapportant à la francophonie. Si vous souhaitez grossir le dossier, envoyez simplement vos enquêtes en réponse à cet article.

Enquête N°1 : Les 110 propositions.

Préambule :
Je ne suis pas un puriste des mots, attaché au pied de la lettre comme un chien au pied d’une chaise. J’ai pris ici le loisir de décortiquer quelques "embrouilles" dans certains textes, pour finalement observer comment un principe de souveraineté nationale parvient à faire fi d’une réalité linguistique et culturelle.

L’outil "langue française" est bel et bien bricolé par des gens de toutes sortes de nationalités. On le voit bien sur la carte. Je juge donc tout à fait opportun de partager entre différents pays francophones les responsabilités en matière de diffusion de la langue française dans le monde. En étudiant la question d’à peine un peu plus près, je m’aperçois que ça pourrait (devrait ?) être le cas depuis depuis 25 ans.

Pièce N° 1 : un mot pour rien.
En 1981, le candidat socialiste F. Mitterrand avait fixé dans son programme la création d’une académie francophone (proposition 110). Cette institution n’a pas vu le jour. C’eut été pourtant symboliquement très fort. Une assemblée d’honorables lettrés du monde entier discourant à égalité sur et avec la langue française aurait sans peine une allure plus joviale que celle que nous avons actuellement. Mais le président Mitterrand a sans doute eu d’autres chats à fouetter et d’autres promesses à honorer. En attendant, la glorieuse Académie, toujours bien française, peut quand même élire de temps en temps un français d’origine étrangère, comme l’écrivain chinois François Cheng. La gloire lumineuse en rejaillit sur l’un et sur l’autre (en chinois 交想辉映 jiao xiang hui ying) et tout le monde est content. Les Français racistes n’ont pas à s’inquiéter d’un dangereux métissage de l’Académie Française, et peuvent au contraire s’émerveiller de l’intégration brillante d’un individu hors du commun. Depuis 25 ans, personne ne reparle de cette dernière proposition du programme socialiste, et la France ne reconnaît toujours pas de partenaire francophone digne de participer sur un pied d’égalité avec elle à une politique linguistique réaliste et fraternelle.

Ainsi les belles idées se heurtent à des obstacles. On les appelle en général la réalité. Mais aujourd’hui il s’agit plutôt d’un principe. Comac : le « principe de souveraineté de l’Etat » français en matière de diffusion de sa langue et de sa culture (lire à ce sujet l’article La présence française en Chine). Ce principe, qui forge une certaine réalité, mais n’est pourtant pas réaliste, je le tiens pour illégitime, insalubre et désuet (je pose dès maintenant la question aux francophones, français et non-français : pas vous ? ).
D’abord parce que la France a encore et pour longtemps quelques responsabilités vis à vis de son passé colonial. Qu’elle le veuille ou non. Ensuite parce qu’une langue n’est pas un camembert fermier, et que le gouvernement français n’est pas obligé de défendre l’un et l’autre suivant le même ...principe. Pourquoi en matière de diffusion du français dans le monde, ne pas adopter une attitude fermement francophone, confiante et généreuse, impliquée dans un réseau de partenariat et d’équité avec d’autres pays ? Je ne comprends pas. La diffusion du français pourrait même coûter moins cher. Je constate que l’increvable principe de souveraineté l’emporte encore sur la réalité francophone, et ce pour des raisons peut-être ...infondées.

Je vous le dis en même temps que j’en prends de plus en plus conscience : ce sont les francophones du monde entier qui rendront intenable et ridicule cette attitude monopoliste et élitiste des gouvernements français successifs vis à vis de la francophonie. Les principes sont coriaces. Ils ne disparaissent que contraints et forcés, quand les gouvernement ne peuvent qu’entériner des volontés et des états de fait. En attendant, continuons notre petite enquête.

Pièce N°2 : quelque chose sans nom.
Faisons un petit saut dans la politique actuelle, voire future. En effet il existe un autre programme contenant 11O propositions, présentées cette fois en octobre 2004 par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, dans un rapport commandé par Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait à l’époque déclaré « se retrouver et se reconnaître » dans ces propositions centrées notamment sur le marché du travail, le statut du salarié et le rôle de l’Etat, et ayant pour but avoué d’éviter le « décrochage » de la France. Une France en danger de récession, qu’il est grand temps de remettre sur les rails, au prix d’un « sursaut » salutaire de ses forces vives. Plus d’un an après l’élaboration de ce rapport, il est encore d’actualité puisque N. Sarkozy s’annonce comme le grand candidat de la droite pour la présidentielle de 2007. Dans le dernier chapitre de ce rapport, intitulé « l’Europe sans rivage », il n’est pas question d’une académie francophone. On en est bien plus loin, quand on y apprend quelle sorte de relation la France se doit d’établir avec d’autres pays francophones, dans un paragraphe consacré au respect des engagements du millénaire, pris par l’ONU en 2000 (voir plus bas) :

« Tous les pays devraient faire référence à ces priorités dans leurs budgets nationaux car il y va du respect d’objectifs fondamentaux de la famille humaine toute entière. Mais pour un pays comme la France qui a développé des relations particulières avec ces pays [on comprend qu’il s’agit des pays du Maghreb et d’Afrique francophone] ces obligations vont plus loin. Elles comportent en particulier, l’obligation d’examiner ensemble les meilleures façons de gérer les flux migratoires trop souvent clandestins qui ne feront que s’accentuer dans les années qui viennent. Les recherches de co-développement timidement lancées à ce stade devraient connaître une ambition plus grande. »

Bonjour l’ambiance. En un paragraphe fulgurant, une stratégie politique délirante se dévoile : les obligations de la France envers les pays les plus démunis ont pour point de départ les nobles et vertueux engagements du millénaire de l’ONU, mais à l’arrivée, elles se transforment en une collaboration de surveillance des frontières pour lutter contre l’immigration clandestine !!! On peut souhaiter longue vie au co-développement des polices de frontière.

Avenue de la Francophonie à Cotonou au Bénin

Conclusion : Tout est dans Tout, et réciproquement

L’obligation des plus puissants envers les plus faibles n’existe donc que dans les discours. Dans la réalité, ces obligations semblent malheureusement s’inverser. Eh oui : les pays avec lesquels la France entretient des « relations particulières », ce ne peut être que les pays francophones, les anciennes colonies. Ce sont en fin de compte les pays les plus dangereux pour les intérêts français, car ils abritent plus de candidats à l’immigration. Donc il convient, selon ce texte, de s’en protéger plus que des autres, et de s’entendre avec leurs gouvernements pour « gérer » les « flux migratoires ». Le plus hallucinant est qu’il s’agit toujours dans le texte d’une « obligation » de la France envers ces pays !!!

Il va sans dire que nous ne croyons plus une seconde, en lisant ces lignes, à la volonté affichée au début de tenir les fameux objectifs du millénaire.

Et il est clair que "la francophonie vidée de tout contenu colonial, et qui s’assumerait réellement" (voir article la présence française en Chine) , n’a pas grand-chose à attendre du gouvernement français.
La francophonie n’est pour ses dirigeants qu’un argument de campagne, une promesse vide, ou pire un danger justifiant de maintenir ou de renforcer une politique extérieure violente et sécuritaire. Face à ce constat, il convient donc de lutter intelligemment, collectivement et selon ses moyens, pour faire apparaître la francophonie vivante, celle de l’amitié et de la simplicité.
Ainsi est née l’AFI, et ainsi elle vit. Elle n’est qu’une interface de choses plus importantes qu’elles et qui ont vraiment lieu dans la vie. Cette association est née de destins croisés, de petites victoires et de grandes déprimes. Elle est née de la vie, la vie de bruits et d’odeurs, la vie qui mijote, qui danse, (se) savoure, se goûte, se fait goûter, rit et fait rire, frit et fait frire. Ce sera comme ça, la francophonie pendant encore un bout de temps, un peu en marge, associative et militante, jusqu’à ce qu’elle soit si évidente, si tangible, qu’il n’y aura plus rien à revendiquer, plus rien à expliquer. La politique trop fière devra alors plier devant la vie, la musique, les échanges, la créativité des gens. Et peut-être même que bon nombre d’institutions françaises, Alliance ou Académie, n’auront que l’embarras du choix : changer la terminaison de leur adjectif « français » en "francophone" ou disparaître sous les quolibets des foules hilares, heureuses et bigarrées. C’est pas gagné mais c’est pas perdu non plus. ‘Faut bien rêver un peu, non ?

Engagements du millénaire des l47 pays membres de l’ONU, septembre 2000 .

D’ici 2015 :
réduire au moins de moitié la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour (elles sont 1,1 milliard aujourd’hui).
Réduire au moins de moitié la proportion de personnes qui souffrent de la faim (elles sont 800 millions).
Réduire au moins de moitié la proportion de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à son assainissement (respectivement 1,2 milliard et 2, 4 milliards).
S’assurer que partout les enfants puissent accéder à une pleine éducation primaire.
S’assurer de l’égal accès des filles et des garçons à tous les niveaux d’éducation.
Avoir réduit la mortalité maternelle de trois-quart.
Avoir réduit de deux-tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans.
Avoir stoppé et commencé à réduire la progression du sida, de la malaria et des autres grandes maladies.
Assurer une assistance spéciale aux orphelins du sida.

D’ici 2020 :
avoir assuré une amélioration substantielle des conditions de vie d’au moins 100 millions d’habitants de bidonvilles (923 millions de personnes aujourd’hui).