Action Francophone Internationale (AFI)

Accueil > Présentation > A propos du terme "francophonie"

A propos du terme "francophonie"

Certains s’en méfient, d’autres en ont honte, souvent ce ne sont pas les mêmes car ils appartiennent à des mémoires différentes. Mais ne faut-il pas tout simplement assumer jusqu’au bout ce terme ?

jeudi 2 mars 2006, par le bureau de l’AFI

Voici tout d’abord une citation qui a l’avantage d’exprimer simplement ce que nous entendons par "francophonie" :

"On n’habite pas un pays, on n’habite une langue." Emile Cioran, auteur francophone roumain (1911-1995).

Le magazine littéraire de mars 2006 ayant consacré son dossier sur la francophonie "défense et illustration des langues françaises" à l’occasion de cette année des cultures francophones intitulée "francofffonies" qui sera inaugurée par le prochain Salon du livre, il nous semble bon de revenir sur le terme "francophonie" auquel l’association AFI se réfère.

Le terme "francophonie", créé vers 1880 par le géographe Onésime Réclus, est en effet loin de faire l’unanimité dans les milieux littéraires francophones. De Maryse Condé déclarant n’écrire ni en français ni en créole mais en "Maryse Condé" à Aimé Césaire parlant au pluriel de "francophonies" en passant par Daniel Maximin reprenant le terme introduit par Stelio Farandjis de "Francopolyphonie", il est souvent remis en cause de façon légitime par de brillants auteurs francophones.

Nous voilà donc avec les " francofffonies " tombés dans le néologisme tiré par les cheveux. Aurait-on ainsi peur d’utiliser un terme " lourd du cadavre de la colonisation " selon le spécialiste des médias Dominique Wolton, ou trop marqué par une machine institutionnelle inefficace, pâle copie de l’ONU ?

Mais va-t-on débaptiser la France à cause de son passé colonial ? L’histoire d’un pays est trop complexe pour la réduire à des aspects seulement positifs ou seulement négatifs. Voilà pourquoi l’histoire coloniale de la France appartient aux historiens et non au domaine législatif ne pouvant que cristalliser une histoire officielle partiale et partielle. Il en est de même de la francophonie.

Ni la France d’aujourd’hui, ni la nouvelle francophonie restant à inventer, constituant les deux faces complémentaires d’une même réalité de métissage culturel, ne sauraient se laisser enfermer dans une critique exclusivement anticolonialiste.

Nul besoin donc de débaptiser la francophonie, ni de la dissocier de la France, il suffit juste d’assumer jusqu’au bout ce terme dans un regard objectif sur le passé, condamnant d’une part la colonisation et ses rejetons contemporains et ravivant d’autre part les idéaux de la République française exprimés dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme.

Ne faut-il pas enfin sortir de ce paradoxe historique d’une république coloniale et chasser définitivement les vieux fantômes de la colonisation afin de réconcilier les différentes mémoires francophones ?

L’AFI se propose d’agir internationalement par le moyen d’une francophonie non institutionnelle. Ce qui s’institutionnalise semble en effet se figer et perdre le mouvement vital nécessaire à toute force de changement. C’est pourquoi nous préférons parler de "francophonie" avec une minuscule désignant la libre adhésion des individus plutôt que de "Francophonie" avec une majuscule désignant le complexe institutionnel formé d’agences, d’organisations, d’instituts et autres.

Mais l’esprit n’est-il pas plus important que la lettre ?

L’AFI se veut associative et vivante, et pourrait tout aussi bien s’appeler l’Action Fraternelle Interfrancophone, pour ceux qui du côté français, ont peur d’utiliser un terme susceptible de réveiller les vieux démons colonialistes, et ceux qui, du côté francophone, craignent de façon presque paranoaïque de voir dans notre mouvement une pensée néocoloniale !

Messages

  • Plus que le pays, la langue est un élément identifiant. La langue apparaît comme un facteur plus mécanique, plus vérifiable, plus tranchant ... d’appartenance à un groupe humain. Ou l’on parle, ou l’on ne parle pas et, selon le cas, on est avec les autres ou pas. Le pays par contre reste sujet à multiples considérations... histoire, géographie, immigration et émigration, politique, ... N’a-t-on pas vu des individus se réclamant citoyen d’un pays mais ne parlant pas bien ou pas du tout la langue dudit pays pour diverses raisons ? Cela est impossible pour une appartenance à un groupe linguistique en ce que l’usage de la langue tranche du coup et dissipe toute ambiguité. D’autre part, il n’est un fait fortuit que dans tout PAYS, la demande de nationalité soit conditionnée en priorité par la maîtrise de la LANGUE officielle du pays en question. C’est en fait comme pour dire "pour habiter un pays, il faut d’abord habiter sa langue". Ici habiter une langue, c’est bien l’utiliser. Donc Emile Cioran a raison d’affirmer en quelque sorte qu’<< on habite plutôt une langue qu’un pays >>.