Accueil > Bibliothèque > Textes politiques > La France, le monde, l’Europe par Stéphane Hessel et Edgar Morin

La France, le monde, l’Europe par Stéphane Hessel et Edgar Morin

mercredi 6 mars 2013, par Jean Dubois

Stéphane Hessel, décédé le 27 février 2013, a été un passeur entre le XXième siècle et le XXIème siècle. En hommage, nous mettons en ligne l’extrait d’un texte co-écrit avec Edgar Morin "Le chemin de l’espérance". Celui qui a été un témoin de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme et a lancé le mouvement des indignés associe sa pensée à Edgar Morin, co-auteur de "Terre-patrie" et nous parle du destin universel de la France, citant des couplets oubliés de la Marseillaise.

La France ni vit ni en vase clos ni dans un monde immobile.

Nous devons prendre conscience que nous partageons une communauté de destin planétaire ; toute l’humanité subit les mêmes menaces mortelles qu’apportent le prolifération des armes nucléaires, le déchaînement des conflits ethno-religieux, la dégradation de la biosphère, le cours ambivalent d’une économie mondiale incontrôlée, la tyrannie de l’argent, la conjonction d’une barbarie venue du fond des âges et de la barbarie glacée propre au calcul technique et économique. Tout l’humanité, qui a subi la barbarie des totalitarismes au XXe siècle, voit désormais fondre sur elle l’hydre du capitalisme financier et, en même temps, déferler toutes sortes de fanatismes et de manichéismes ethniques, nationalistes, religieux. L’humanité entière est confrontée à un ensemble entremêlé de crises qui, à elles toutes, constituent la Grande Crise d’une humanité qui n’arrive pas à accéder à l’Humanité.
En 1932, Paul Valéry disait avec une lucidité on ne peut plus actuelle : " Jamais l’humanité n’a réuni tant de puissance à tant de désarroi, tant de soucis et tant de jouets, tant de connaissances et tant d’incertitudes. L’inquiétude et la futilité se partagent nos jours."
Un peu plus tard, Konrad Lorenz s’interrogeait : " Il faut se demander ce qui porte le plus gravement atteinte à l’âme des hommes aujourd’hui : leur passion aveuglante de l’argent ou leur hâte fébrile."
Réponse : l’une ou l’autre - l’une dans l’autre.

Nous avons un double devoir :
Le premier est un devoir de Français participants au destin planétaire des Terriens et qui portons dans notre héritage national les principes universels qu’expriment si bien les onzième et douzième couplets, toujours méconnus aujourd’hui, de la Marseillaise :

XI

La France que l’Europe admire

A reconquis la liberté

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l’Egalité (bis) ;

Un jour, son image chérie

S’étendra sur tout l’univers.

Peuples, vous briserez vos fers

Et vous aurez une patrie !

(Refrain)

Foulant aux pieds les droits de l’Homme,

Les soldatesques légions

Des premiers habitants de Rome

Asservirent les nations (bis).

Un projet plus grand et plus sage

Nous engage dans les combats,

Et le Français n’arme son bras

Que pour détruire l’esclavage.

La même ambition vibre dans le programme adopté en 1944 par le Conseil national de la Résistance et, quatre ans plus tard, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée à Paris grâce au concours de René Cassin.

Nous ne pouvons décider seuls du destin de notre planète, mais au nom des principes illustrés par ces couplets et ces textes, nous pouvons formuler la grande, la longue et difficile voie vers une Terre-Patrie qui engloberait et respecterait les patries, dont la nôtre, ce qui commanderait le dépassement des souverainetés absolues des Etats-nations face à tous les problèmes globaux de l’être planétaire, tout en respectant pleinement, par ailleurs, dans les autres domaines, leur souveraineté.