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Portrait de francophones

Claudia

La joie de vivre malgré les difficultés

dimanche 9 octobre 2011, par Julien Debenat

Claudia est une femme charmante, dévouée à son compagnon, rieuse et cultivée. Découvrez le parcours qui l’a menée du Chili jusqu’en Belgique, à Bruxelles, où elle vit aujourd’hui.

La jeunesse

Claudia est née à Santiago du Chili en 1965. Sa maman Gloria travaillait alors dans la petite ferme familiale à San Fernando. Le père, Luis Felipe Rioseco, travaillait comme agriculteur dans une autre petite ferme qu’il louait.
Gloria et Felipe ont eu trois enfants : deux fils et une fille. Généreuse et tendre avec ses fils, Gloria était très stricte et très peu permissive avec sa fille. Claudia avait peu de libertés et beaucoup d’obligations. Pendant ses années de jeunesse, entre 20 et 30 ans, elle devait aider à la cuisine, s’occuper du bien-être de ses frères, et travailler à l’extérieur comme femme de ménage trois jours par semaine. Les parents de Claudia ont divorcé en 1987 et Gloria s’est occupée seule de gérer la ferme jusqu’à aujourd’hui encore, où à l’âge de 78 ans, elle s’occupe de la propriété de 360 hectares (élevage bovin, culture d’aliment pour bétail, de foin, de fruitiers). Deux ans après le divorce, Claudia a quitté la maison de sa mère en 1989 et s’en est allée vivre à Santiago, dans une maison du Christ.

La prédiction

Une amie de Claudia, tireuse de tarot, lui a prédit en 1994, qu’elle rencontrerait un jour un étranger, et que cette rencontre changerait sa vie. Deux ans après la prédiction, Claudia, qui avait loué une chambre à Santiago, n’avait plus d’argent pour en payer le loyer. Le 19 septembre 1996, jour de la fête nationale au Chili, elle est retournée à l’appartement que possède sa famille dans la capitale, et y a rencontré son frère. Il lui a proposé de la ramener avec lui à la propriété. Claudia a déclaré préférer rester pour suivre le défilé militaire. Sur l’avenue principale, de l’autre côté de la rue, alors qu’elle se promenait seule au milieu de la foule, elle remarqua un jeune homme, qui ne semblait pas chilien. Claudia a traversé et s’est approchée, tenant une cigarette à la main, sans parvenir à faire illusion : elle ne savait pas fumer. Le jeune homme, amusé, a marché à ses côtés jusqu’à l’école militaire avant d’engager la conversation. Il s’appelait Patrice, il était de nationalité belge. Il maîtrisait les langues espagnole et anglaise : il était parti, très jeune, aux États-Unis, s’y était marié à une chilienne, y avait travaillé comme ingénieur en électro-mécanique. Il voyageait au Chili pour régler le divorce, et tenter l’aventure au pays de son ex-femme, essayer d’y travailler, peut-être de s’y installer. La relation avec Claudia a commencé là, au milieu de la fête nationale, à un moment où l’un et l’autre avaient affaire avec les forces du passé qui alourdissaient leur présent. Ensemble, ils ont réussi à se défaire du carcan. Aucun des deux n’avait ni argent ni travail. Il la protégeait des violences et des dangers de la rue, elle lui offrait son amour.

La dure liberté

Évidemment, Gloria n’acceptait pas la relation hors mariage de sa fille avec un étranger. Le couple est alors parti en voyage, en stop, du sud au nord du pays. Elle devenue gardienne de parking pour un restaurant. Puis, en 1997, dans la vallée del Elqui, ils étaient gérants d’un camping, et habitaient dans un mobile-home. Enfin un peu de stabilité. Malheureusement la propriétaire du camping est morte d’une rupture d’anévrisme. Ils ont du quitter les lieux. Ils ont trouvé du travail tous les deux dans la même compagnie de production de raisin de table. Le travail était pénible. Claudia travaillait de nuit, à l’emballage. Patrice cultivait le raisin en journée, en plein soleil. Ils louaient une petite maison, avec un jardin, et hébergeaient beaucoup de chats (jusqu’à trente). Cette vie a duré 10 ans.

Les attaques et l’arrivée en Belgique

En 2009, le destin bascule. Patrice subit une première attaque, en janvier. Il n’y a pas de séquelles. Puis une autre, en avril. Cette fois il y a une AVC. A l’hôpital, on l’examine, on essaye de prévoir. Il faut un mois à Patrice pour retrouver l’équilibre sur ses deux jambes. Une opération est prévue, qui n’a pas lieu. Alors Claudia demande au consulat belge le rapatriement de son compagnon. Patrice doit signer d’abord une reconnaissance de dette de 2300 €. Il remboursera quand il pourra... Claudia obtient un visa pour l’accompagner et ils arrivent en juin 2009 chez la sœur de Patrice. C’est le premier voyage à l’étranger pour Claudia. Deux mois plus tard, les choses ne vont pas bien : la sœur de Patrice souhaite le retour de Claudia au Chili, et déclare vouloir s’occuper seule de son frère. Claudia refuse. Elle et Patrice échouent dans un centre d’accueil pour immigrés (lui, malade, immigré dans son propre pays) en octobre. Il y restent trois mois. Patrice ne peut marcher seul. Claudia lui sert de béquille. Le traitement médicamenteux est lourd, sa mobilité est réduite, son bras gauche paralysé. L’assistante sociale du CPAS leur trouve un appartement au 3ème étage d’un immeuble près de la place du jeu de balle.

La vie ici

Actuellement Claudia et Patrice cherchent un autre appartement, de préférence au rez-de-chaussée, car les propriétaires vont vendre bientôt.
Claudia a appris le français à l’aide du dictionnaire offert à son départ par son jeune frère. Elle écoute beaucoup la radio et lit de nombreux magasines. Elle connaît beaucoup de vocabulaire, mais a des problèmes pour bien prononcer et structurer ses phrases. Elle est toujours en contact avec sa famille, surtout son jeune frère, et son père, âgé de 84 ans. Elle suit des cours de français depuis juin 2011, et cherche du travail comme femme de ménage, ou agent de nettoyage. Ils vivent maintenant avec les 1300 € que reçoit Patrice.

Selon elle, la vie est compliquée mais va de mieux en mieux.