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Discours d’Anouar El-Sadate à la Knesset (20 novembre 1977)

dimanche 11 janvier 2009, par Jean Dubois

Les attentats en Inde, et plus récemment encore la guerre dans la bande de Gaza, ne peuvent pas être considérés, pas plus que tout ce qui nous arrive sans doute, comme des évènements radicalement inéluctables. En relisant ce discours de Anouar El-Sadate, successeur de Nasser à la présidence de l’Egypte disparu en 1981, vous en serez convaincus : il aurait pu se passer autre chose entre les hommes de l’Islam et l’Etat d’Israël ou l’Inde. Mais Anouar El-Sadate, comme Itzhak Rabin 14 ans plus tard, fut assassiné par les siens. Apparemment, les frères des assassins courent toujours...

Discours d’Anouar El-Sadate à la Knesset (20 novembre 1977)

« Toute vie perdue dans la guerre est celle d’un être humain, qu’il soit arabe ou israélien. Toute femme qui perd son mari est un être humain qui a le droit de vivre dans une famille heureuse, qu’elle soit arabe ou israélienne. Les enfants qui sont privés des soins de leur père sont les enfants de chacun d’entre nous, en terre arabe ou en Israël, et nous avons le grand devoir de leur donner un présent heureux et un bel avenir. (...)

Vous voulez vivre avec nous dans cette partie du monde et je vous le dis en toute sincérité : nous vous accueillerons avec plaisir, parmi nous, avec plaisir et en sécurité. Ce point en lui-même constitue un tournant historique et décisif, car nous avions coutume de vous rejeter, et nous avions nos raisons. (...)

Mais il reste une autre barrière. Cette autre barrière entre nous est une barrière psychologique complexe. C’est une barrière de doute, de dégoût, de crainte de la tromperie. C’est une barrière de doute au sujet de toute action, ou de toute initiative, ou de toute décision. C’est une barrière d’interprétations erronées de tout événement et de toute déclaration. (...)

Je vous dis, en vérité, que la paix ne sera réelle que si elle est fondée sur la justice et non sur l’occupation des terres d’autrui. Il n’est pas admissible que vous demandiez pour vous-mêmes ce que vous refusez aux autres. Franchement, dans l’esprit qui m’a poussé à venir aujourd’hui chez vous, je vous dis : vous devez abandonner une fois pour toutes vos rêves de conquêtes. (...) Il y a de la terre arabe qu’Israël a occupée et qu’il continue à occuper par la force des armes. Nous insistons sur un retrait complet de ce territoire arabe, y compris Jérusalem arabe, Jérusalem où je suis venu comme dans une cité de paix, la cité qui a été et qui sera toujours l’incarnation vivante de la coexistence entre les fidèles des trois religions. (...)

Si vous avez trouvé la justification légale et morale de l’établissement d’une patrie nationale sur un territoire qui n’était pas le vôtre, alors il vaut mieux que vous compreniez la détermination du peuple palestinien à établir son propre Etat, une fois de plus, dans sa patrie. (...)

La paix n’est pas une manifestation de slogans qui la réclament afin de défendre des convoitises ou de dissimuler des ambitions. La paix, dans son essence, est opposée à toutes les convoitises et toutes les ambitions. »

Reproduit dans L’Histoire, n°212, juillet-août 1997.