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Edito : Quelle pagaille, "Général" !

 
Date de publication : 1er mai 2006 par X. G.

La France donne actuellement dans le monde une image quelque peu désordonnée que ce soit du côté du peuple dans la rue ou du côté des hommes et femmes politiques qui ont ouvert le bal des candidatures pour la présidentielle de 2007 ! 36 ans après sa disparition, qu’en aurait dit le premier président de la cinquième République Charles de Gaulle ? Voici l’occasion de lire quelques-unes de ses citations - commentées dans le cadre de l’AFI - tirées des entretiens entre Michel Tauriac et l’ancien sénateur de Paris Philippe de Gaulle, fils de CDG, parus en 2004.

Si le retrait du CPE le 10 avril a fait revenir le calme dans les rues, il a par contre agité l’esprit des candidats à la présidentielle de 2007 souhaitant chacun tirer parti d’une fin de crise qui duré deux mois.

Comble de l’opportunisme politique et de l’ambition personnelle l’on a même vu en ce mois d’avril Jean-Marie Le Pen célébrer le quatrième anniversaire du 21 avril 2002 et se projeter comme possible président pour 2007 !

Mais là où se trouve Le Pen, Nicolas Sarkozy n’est pas loin ! Ce dernier tente désormais de conquérir l’électorat de l’extrême-droite sur le sujet de l’immigration comme le montre sa déclaration du 22 avril :

"Nous en avons plus qu’assez de devoir en permanence avoir le sentiment de s’excuser d’être Français. D’ailleurs, si certains se sentent gênés d’être en France (...), qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas"

Mais n’est-ce pas plutôt une France lepéniste ou sarkoziste dans laquelle tout étranger, immigré ou Français d’origine immigrée est montré du doigt que l’on aime pas ?

Pendant ce temps, du côté de la droite, les anti-sarkoziens complotent en ressortant l’arme politique de scandale financier classique en veille de présidentielle.

Du côté de la gauche, les candidats masculins n’en reviennent pas : ils se font voler la pseudo-victoire du CPE ainsi que la popularité par une femme, Ségolène Royale, qui en a profité pour abattre ses cartes et se déclarer candidate pour 2007 !

Ainsi, une partie du peuple français n’a-t-elle manifesté sa révolte au cours de ces deux derniers mois que pour assister finalement à un feu d’artifices de prétentions présidentielles, de sondages les reflétant, et de complots divers semblant réduire le débat socio-politique à cette double question dérisoire : un président pro ou anti-immigration, un homme ou une femme ?

Cela en dit long sur le vide actuel concernant une véritable vision positive de la France postcoloniale autre que répressive comme le montre un reportage exclusif sur le problème de l’immigration à Mayotte mis en ligne en avril pour l’AFI.

La francophonie du libre vouloir que défend l’AFI n’est-elle pas le moyen de mettre en avant le simple droit du Verbe qui pourrait définir positivement le citoyen d’une République francophone au-delà de ses origines ausi diverses soient-elles, un citoyen francophone acteur direct de la politique de son pays et solidaire des peuples du monde ?

Mais devant ce vide politique, nous voudrions remonter à l’origine des choses et mettre en parallèle quelques faits de l’actualité avec le jugement du fondateur de la cinquième République qui croyait tant en la destinée de la France, à savoir le Général de brigade temporaire autoproclamé Général, que nous nommerons donc simplement Charles de Gaulle (CDG), par souci de vérité historique, et que nous considérons dans le cadre de l’AFI comme un des fossoyeurs de la francophonie comme mouvement international incluant l’Afrique et ci-dessous comme un analyste ayant malgré tout une certaine maîtrise du Verbe !

Les citations proviennent toutes des entretiens du fils de CDG, Philippe de Gaulle, avec Michel Tauriac parus en 2004 (De Gaulle mon père, Ed. Plon).

 mouvement social anti-CPE :

" La pagaille voilà la maladie des Français (...) je ne pense pas que l’on arrivera jamais à la guérir ". (Tome II, p.110)

Quand donc s’attaquera-t-on aux causes mêmes de la pagaille française ? Cessons en effet de considérer les Français comme des esclaves, qui peuvent bien se révolter : il suffira de réprimer et de calmer le peuple par le retrait d’une partie de la loi (que le gouvernement savait inacceptable par avance) pour mieux faire passer le reste : le Contrat Nouvelle Embauche (CNE). Considérons donc les Français comme des citoyens à part entière véritables acteurs de la politique au moyen du droit du Verbe plutôt qu’à celui de la violence désespérée ! Le CNE est ainsi devenu le cheval de bataille de la CGT des manifestations du premier mai et vient de subir un revers juridique majeur le 28 avril avec sa première condamnation par le conseil des prud’hommes de Longjumeau jugeant que "l’ordonnance du 2 août 2005 instituant le CNE est contraire à la Convention 158 de l’Organisation internationale du travail (OIT) du 22 juin 1982".

 le rôle des médias pendant le mouvement :

" C’est une espèce de fief livré aux syndicats, aux coteries et à des éléments incontrôlés. Ces gens critiquent tout ce qui est officiel et national et exaltent tout ce qui est contre l’ordre établi et l’action des pouvoirs publics. Ils n’expriment que le scepticisme, l’individualisme, l’indulgence à la bêtise, le goût pour le pittoresque et l’anecdote. Leur état d’esprit permanent est l’irresponsabilité, du moins la leur, car pour ce qui de celle des autres, ils appliquent la consigne de Lénine : "Il faut toujours donner mauvaise conscience au bourgeois parce que lui, il en a une !" (...) Ah les Français, peuple de gueulards, toujours prêts à tout casser et à mettre le feu partout quand on contrarie leur petit intérêt personnel !" (Tome II, p.391)

Certes, "Général", une dictature militaire sans liberté d’expression est plus facile à diriger...

 la situation économique de la France :

" L’envie est notre vice national (...). C’est le pire des péchés capitaux, celui qui a jeté les anges aux enfers parce qu’ils en voulaient à Dieu de leur être supérieur. C’est pire que l’orgueil. L’orgueil a une certaine noblesse. L’envie est le sentiment des vaincus et des haineux. C’est le crime de Caïn contre Abel, celui qui a tout raté et qui tue le voisin parce qu’il a tout réussi. C’est la colère du perdant. Si les Français n’avaient pas ce défaut, on pourrait encore leur pardonner beaucoup de choses. (...) Ils estiment toujours que le succès d’autrui se fait à leur détriment, d’où leur sentiment de rendre coupables ceux qui réussissent à leur place. "

En l’occurence aujourd’hui, ce sont plutôt les jeunes générations ou les populations victime du racisme qui auraient des raisons d’envier ceux qui sont bien installés dans la société française, ceux-là même qui cherchent des boucs émissaires à la crise de la France autour d’eux, chez les immigrés ou les puissances émergentes comme la Chine ou l’Inde...

 l’incompréhension franco-algérienne entre Philippe Douste-Blazy, ministre français des Affaires étrangères, en visite officielle à Alger le 10 avril, et le président algérien Abdelaziz Bouteflika :

Michel Tauriac : "En mars 1964, le président algérien Ben Belle demande des réparations à la France pour les pertes subies par les Algériens dans l’armée française pendant les deux guerres mondiales. Quel était d’après le Général le pourcentage de ces pertes ?"

Philippe de Gaulle : "Cette entrevue au château de Champs avec Ben Bella, mon père s’en souviendra avec animosité. (...) Il lui répondit sans s’aider d’aucune note que ces pertes avaient été moindres que celle des métropolitains proportionnellement aux unités et aux populations respectives, mobilisées à 1% pour les Algériens contre 16% pour les Français en Afrique du Nord. (...) 70 000 morts pendant la guerre de 14 parmi les soldats "indigènes" appartenant à tous nos anciens territoires coloniaux et 29 128 en 39-45. Il ne manqua pas de lui rappeler également qu’en nous faisant la guerre, il avait fait tuer six fois plus d’Algériens qu’en 39-45 et qu’il nous avait fait perdre plus de 20 000 hommes en moins de 8 ans. Je l’entends encore me répéter comment, pour finir, il lui avait "cloué le bec" en lui lançant : "Allons ! s’il vous plaît, monsieur Ben Bella, pas de chantage aux anciens combattants. Nous ne vous devons plus rien, d’autant que vous avez vous-mêmes rendus caducs les accords d’Evian en saisissant unilatéralement les biens de nos compatriotes et les pécules de nos malheureux harkis." (Tome II, p. 291)

Comment voulez-vous donc que les Français et les Algériens et plus généralement les descendants des colonisateurs et les descendants des colonisés, se comprennent aujourd’hui lorsque l’on a à ce point fermé le dialogue dès la décolonisation en faisant des comptes mesquins sur le sang versé pour la France ? Si les soldats français ont libéré leur terre, de quoi les soldats des colonies ont-ils hérité de leur sacrifice si ce n’est le mépris de la France ?

 le débat sur le rôle positif de la colonisation française :

" Les Américains ont toujours considéré que la colonisation était de l’exploitation. Mais c’était d’abord le développement ! On voit bien qu’ils n’ont pas été colonisés par les Romains. Qu’aurions-nous été sans les administrateurs de César, même s’ils n’ont pas toujours été tendres avec nous ? " (Tome I, p.717)

Dans ce registre de l’euphémisme malhonnête, certains diront aussi que la colonisation n’était qu’une simple présence, terme encore utilisé aujourd’hui dans les ambassades françaises et d’autant moins justifié que la France n’est plus la puissance coloniale d’antan. (pour lire un article de l’AFI sur ce sujet cliquer ici)

Il en est du colonialisme comme ce que disait Coluche du communisme et du capitalisme : le premier c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, et le second c’est l’inverse !

Sans colonisation et exploitation des peuples et des individus, sans répression des mouvements sociaux, en effet, quelle pagaille, "Général" !

 

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