Action Francophone Internationale (AFI)
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De la bonne volonté.

 
Date de publication : 3 février 2006 par Jean Dubois

Comme vous pouvez le constater, le site de l’AFI a fait peau neuve grâce aux efforts de notre trésorier Eric Paye et de notre webmaster Jérome Deconninck. Notre association étant l’oeuvre de bénévoles s’investissant dans l’idéal francophone de l’AFI en plus de leur activité professionnelle, pardonnez-nous cette transition progressive vers la forme définitive du site.

Car qu’est-ce qui se fait dans le monde sans bonne volonté ?

Le bénévolat associatif français a ainsi perdu le 22 janvier sa plus grande figure avec la disparition de l’abbé Pierre qui a donné sa vie entière pour venir en aide aux défavorisés. Le décès à 94 ans d’Henri Grouès, ou "abbé Pierre" selon son nom de résistant pendant la seconde guerre mondiale, crée un immense vide dans une France qui compte beaucoup plus de sans-logis qu’en 1954, année du célèbre appel. Tant que le fondateur d’Emmaüs était encore de ce monde, on se consolait de la disparition d’un Coluche, dont l’abbé célèbra l’enterrement en 1986, dans le combat pour mobiliser le pouvoir politique face à la réalité des exclus économiques d’une démocratie qui se voudrait équitable et fraternelle.

L’association des Restaurants du Coeur créée il y a plus de 20 ans par Coluche, fil spirituel de l’abbé Pierre, qui ne l’oublia pas lorsqu’il remit, le 25 mars 1986, 1,5 millions de francs à l’abbé de la part de sa toute nouvelle association, rassemble aujourd’hui 45000 bénévoles. De son côté, l’organisation d’Emmaüs est composée de 400 groupes dans 41 pays, 115 communautés en France, 1400 salariés et 5000 bénévoles qui permettent de faire vivre 4000 compagnons, des anciens sans-abri qui ne touchent ni RMI ni subventions.

Dans un pays qu’on dit de plus en plus individualiste, le bénévolat associatif en France est donc une réalité bien tangible. L’hommage national et populaire rendu à l’abbé Pierre après son décès montre que les Français croient davantage aux actions associatives qu’aux promesses électorales des politiciens.

" La popularité de l’abbé Pierre", analyse le sociologue Gilles Lipovetsky, "figure du dévouement, nous oblige à une radiographie plus complexe de l’individualisme contemporain. Incarnation du désintéressement, il révèle les limites de la logique marchande. D’un côté, ce démenti au nihilisme ambiant est une bonne chose. Mais de l’autre côté, il souligne une spécialité française que l’on retrouve dans notre allergie à la mondialisation - assimilée au Mal absolu - ou à l’individualisme - considéré comme une déviance. Nous aimons aussi l’abbé Pierre parce qu’il exprime notre réticence à l’égard de l’argent. C’est une illustration de la logique paradoxale de l’individualisme : sans vivre nécessairement comme l’abbé Pierre, les gens adhèrent à sa personnalité. Lui et les 13 millions de bénévoles des associations rappellent que l’égoisme n’a aboli ni solidarité ni compassion." [1]

Pour les Français l’abbé Pierre était celui que les politiciens de tous bords, droite et gauche confondues, ne pouvaient qu’écouter. Or, à une époque où le peuple se sent si peu écouté par ses représentants politiques, l’abbé semblait posséder un pouvoir d’influence extraordinaire. Même après sa mort, il continue de remuer le monde politique puisque la loi sur le logement opposable qui vient d’être votée par le parlement porte désormais son nom.

Au coeur d’une présidentielle démesurément mise en scène par les médias semblant décider à l’avance le résultat du second tour, au point que François Bayrou en fait un thème de campagne affirmant que "Les grands médias ont orchestré un choix dicté à l’avance", l’abbé Pierre en nous quittant aura une fois de plus fait un coup médiatique résonnant beaucoup plus profondément dans le coeur des Français que les sondages mettant au coude à coude Sarkozy et Royal , accompagnés de l’étalage de la vie privée des candidats.

Quelle satisfaction en effet d’avoir vu tout d’un coup la lumière sacro-sainte des médias projetée sur les bénévoles et les compagnons d’Emmaüs au moment où la "médiacratie" fabrique ses produits de marketing électoral dont les marques "Sarko" et "Ségo" aguichent le citoyen-consommateur qui de toute façon ne fera son choix qu’au dernier moment... Et rappelons que l’entrée dans un magasin n’oblige à nul achat, l’on peut d’ailleurs tout aussi bien sortir en claquant la porte !...

Mais ne nous étendons pas davantage sur la médiocrité de cette présidentielle 2007 et mettons en avant les acteurs véritables d’un monde plus humaniste qui restent souvent dans l’ombre des médias.

Pour l’association de bénévoles qu’est l’Action Francophone Internationale, les vrais acteurs du mois de janvier qui vient de s’écouler furent les donneurs anonymes qui nous ont permis de récolter plus de 200000 yuans (20000 euros) pour sauver la vie de Timba, moine tibétain de 33 ans habitant dans le centre de la Chine, qui attend de recevoir la greffe d’un rein. Notre action a été pleinement médiatisée sur notre site et nous vous invitons à parcourir les différents articles pour en savoir plus. L’AFI a su ainsi se mobiliser en France et en Chine : à Lanzhou, Pékin et Chengdu (pour voir l’article sur le concert de soutien à Chengdu cliquer ici.

C’est ainsi l’occasion de faire sortir des oubliettes de l’histoire un autre bienfaiteur de l’humanité, un scientifique qui se trouve avoir été aussi un brillant francophone élu à l’Académie Française.

Il s’agit de Jean Hamburger qui fut l’un des pionniers de la transplantation rénale.

En 1951, quelques années avant l’appel de l’abbé Pierre, René Küss, avec Charles Dubost et Marceau Servelle, met au point la technique chirurgicale de transplantation rénale toujours utilisée de nos jours.

"On prélevait les reins à greffer chez les guillotinés ou bien chez des vivants à qui il fallait enlever un rein pour des raisons thérapeutiques", évoque le Pr Küss.

La technique chirurgicale de Küss a ensuite été universellement adoptée.

Une histoire digne des élans humanistes de l’abbé Pierre nous est raconté sur un site spécialisé sur la dialyse et la transplantation  :

A la fin du mois de décembre 1952, Marius Renard, un jeune charpentier de 16 ans, tombe d’un échafaudage. Une hémorragie incontrôlable contraint le chirurgien qui tente de le sauver à lui retirer son unique rein. Le rein artificiel n’existe pas, Marius semble promis à une mort certaine. Sa mère, désespérée, supplie les médecins de greffer un de ses propres reins à son fils. Confrontés à cette situation dramatique, Jean hamburger et son équipe décident qu’il est moralement plus acceptable de tenter cette opération de la dernière chance, plutôt que regarder Marius s’éteindre d’une mort lente. En cette nuit de Noël 1952, c’est toute une équipe qui se mobilise à l’hôpital Necker pour tenter l’impossible. Louis Michon, Nicolas Economos et Jean Vaysse transplantent le rein gauche de la mère dans la fosse iliaque droite du fils. L’opération est un succès, le rein fonctionne immédiatement, et Marius, qui était mourant, retrouve rapidement des forces. Les médias s’emparent de son histoire, et sa mère et lui deviennent de véritables héros nationaux, symboles de la force de l’amour maternel et des prodiges de la médecine moderne. Pourtant, le greffon cessera progressivement de fonctionner, pour aboutir, vingt et un jours plus tard, à un rejet sans appel et à la mort du jeune garçon.

A partir de 1972, Jean Hamburger a commencé une oeuvre de réflexion sur la mission de la médecine ainsi que sur la condition humaine et les difficultés de nos sociétés. Cette oeuvre lui a ouvert les portes de l’Académie française, alors qu’il était déjà membre de l’Académie nationale de Médecine et de l’Académie des Sciences dont il fut le président de 1990 à 1992.

Sa pensée est marquée par l’alliance d’une extrême rigueur scientifique et d’un humanisme éclairé par les données actuelles de la biologie. La plupart de ses essais philosophiques sont guidés par une idée maîtresse exprimée dès son premier livre, La Puissance et la Fragilité et gravée sur son épée d’Académicien :

"Définir par quelle révolution profonde le progrès scientifique pourrait devenir synonyme de progrès humain".

Jean Hamburger a ainsi développée avec force l’idée que le comportement humain représente le refus de lois biologiques naturelles qui régnaient avec succès sur les êtres vivants depuis plus de trois milliards d’années avant l’apparition de l’homme. Des lois qui ne se laissent pas violer impunément. Cette révolte contre la sélection naturelle, l’injustice, la maladie, l’absence de tout respect biologique de l’individu définit superbement le destin de l’homme. Mais ce destin est, par là même, exposé à tous les dangers. Il s’agit de trouver la route étroite entre l’inacceptable et le périlleux.

Le refus humaniste du fatalisme, c’est aussi ce qui nous a poussé à aider Timba, peu importe sa nationalité, sa langue maternelle ou sa religion.

Les réseaux francophones internationaux sont une force d’humanité en puissance que l’AFI voudrait activer en se basant sur le principe "d’un vouloir être francophone" grâce donc à la "bonne volonté" des êtres humains...

Car l’abbé n’est désormais plus là pour soulager nos consciences face à la misère du monde...

"Circulez y’a plus rien à voir ! " aurait dit Coluche à ceux qui s’attendraient encore à voir le vieil abbé faire du tapage médiatique. Maintenant c’est ensemble que l’abbé Pierre et Coluche peuvent nous regarder prendre la relève du haut de leur paradis bien mérité...

[1] cité dans le Nouvel Observateur numéro 2203, p. 27